À partir du 15 mai 2026, les huiles, bonbons, tisanes et autres produits alimentaires contenant du cannabidiol ne pourront plus être commercialisés en France.
La décision de la Direction générale de l’alimentation (DGAL), fondée sur l’application stricte du règlement européen « Novel Food », provoque une onde de choc dans le secteur du CBD.
Pour les professionnels, cette décision menace directement plusieurs milliers de commerces spécialisés, des producteurs agricoles et toute une économie qui s’était structurée depuis plusieurs années autour du chanvre bien-être.

Le marché français du CBD, qui avait connu une croissance rapide depuis 2021, entre désormais dans une phase d’incertitude majeure.
| Une application stricte du règlement européen |
Le cœur du dossier repose sur le règlement européen « Novel Food », en vigueur depuis 1997.
Ce texte impose une autorisation préalable pour les aliments considérés comme nouveaux au sein de l’Union européenne.
Les autorités estiment désormais que les produits alimentaires contenant du CBD relèvent de cette catégorie et ne disposent pas encore des validations nécessaires pour être librement commercialisés.
Jusqu’à présent, une forme de tolérance existait en France.
Les boutiques spécialisées pouvaient vendre huiles sublinguales, infusions, bonbons, sirops et compléments alimentaires ; à condition de respecter certaines limites de THC et des règles de traçabilité.
Cette période de tolérance prend fin le 15 mai.
| Plus de 2.000 boutiques directement exposées |
L’impact économique pourrait être brutal pour les enseignes spécialisées.
Selon les représentants du secteur, les produits alimentaires représentent environ 40 % du chiffre d’affaires moyen des magasins de CBD.
Le risque est particulièrement élevé pour les boutiques indépendantes de centre-ville, les franchises spécialisées, les producteurs artisanaux de chanvre et les réseaux de distribution en circuits courts.
Depuis plusieurs années, le CBD alimentaire constituait la partie la plus rentable du marché.
Les marges sur les huiles et les produits dérivés étaient souvent supérieures à celles des fleurs ou des e-liquides.
Avec cette interdiction, certains commerces pourraient perdre une part essentielle de leurs revenus du jour au lendemain.
| Une filière agricole fragilisée |
Au-delà des boutiques, c’est toute la chaîne du chanvre bien-être qui se retrouve fragilisée.
De nombreux agriculteurs avaient diversifié leur activité autour du chanvre CBD, des transformations artisanales, des produits alimentaires dérivés et des circuits locaux de vente.
Pour certains producteurs, les investissements réalisés depuis 2022 deviennent aujourd’hui difficiles à rentabiliser.
La Confédération paysanne évoque une menace directe sur des centaines d’exploitations et de projets agricoles récents.
Plusieurs acteurs dénoncent une décision administrative susceptible d’accélérer la concentration du marché au profit de grands groupes capables de financer les coûteux dossiers d’autorisation européens.
| Une réglementation européenne qui divise |
Le point le plus contesté concerne l’interprétation même du règlement européen.
Les représentants du secteur estiment que les États membres disposent d’une marge d’appréciation dans l’application du texte. Selon eux, certains pays européens continuent d’autoriser la commercialisation de produits alimentaires au CBD sous conditions.
La France adopterait donc une position plus stricte que d’autres marchés européens.
Cette divergence nourrit plusieurs critiques : manque d’harmonisation européenne, insécurité juridique pour les entreprises, difficulté à investir durablement, concurrence déséquilibrée entre États membres.
| Le paradoxe du CBD autorisé… mais pas dans l’alimentaire |
La décision crée également une situation jugée incohérente par de nombreux professionnels.
Le CBD restera autorisé :
➔ sous forme de fleurs à fumer.
➔ dans les liquides pour cigarettes électroniques.
➔ dans certains produits cosmétiques.
En revanche, les huiles alimentaires et les produits ingérés seront interdits.
Cette distinction suscite l’incompréhension d’une partie du secteur, qui considère que les produits alimentaires constituaient justement les références les plus éloignées de l’univers du cannabis récréatif.
| Une pression réglementaire qui intervient dans un marché déjà fragilisé |
Le secteur du CBD faisait déjà face à plusieurs difficultés : concurrence accrue entre boutiques, baisse progressive des prix, saturation du marché urbain, contrôles administratifs renforcés, incertitudes juridiques récurrentes.
Depuis 2023, plusieurs enseignes avaient vu leur rentabilité diminuer avec l’arrivée de produits low cost importés et la multiplication des points de vente.
Cette nouvelle interdiction intervient donc dans un environnement économique déjà tendu.
| Des recours juridiques envisagés |
Les organisations professionnelles étudient désormais plusieurs pistes de contestation.
Parmi les options évoquées : recours administratifs, procédures européennes, demandes de moratoire, négociations avec les ministères concernés.
Le secteur cherche notamment à obtenir une période transitoire, une clarification réglementaire, un maintien provisoire des produits déjà commercialisés.
L’objectif est d’éviter une fermeture brutale des rayons alimentaires dès la mi-mai.
| Une nouvelle phase pour le marché français du CBD |
Le marché français du cannabidiol avait longtemps été présenté comme l’un des plus prometteurs d’Europe occidentale.
Entre 2021 et 2025, des milliers de commerces avaient ouvert dans les centres-villes, profitant d’une forte demande autour des produits bien-être.
La décision de la DGAL pourrait profondément modifier cet équilibre.
Deux scénarios émergent désormais :
Une concentration du secteur autour de grands acteurs capables d’obtenir des autorisations européennes.
Une disparition progressive des petits réseaux indépendants.
Le marché ne disparaîtra probablement pas, mais il pourrait entrer dans une phase beaucoup plus réglementée, plus industrielle et nettement moins accessible pour les petits producteurs et commerçants.
Source :
jpi-conseil.fr – Article du 08 mai 2026 – Jeremy Hans