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Workaholisme : On Ne Soigne Pas Le Travail, On Soigne Son Rapport Au Travail.

Présentation de l'intervention


L’addiction au travail, ou workaholisme, est une problématique complexe car elle est souvent valorisée socialement.

Contrairement à d’autres dépendances, elle se cache derrière des traits jugés positifs comme l’ambition ou la conscience professionnelle.

Nous vivons dans une société qui valorise la performance, l’ambition et le dévouement professionnel.

Mais que se passe-t-il lorsque cet engagement devient une obsession, une nécessité vitale qui dévore tout sur son passage ?

L’addiction au travail est une dépendance souvent invisible, car elle se cache derrière des réussites apparentes.

Pourtant, le constat est sans appel : elle prend plus qu’elle ne donne.



DEFINITION

Le terme workaholisme (contraction de work et alcoholism) désigne une dépendance comportementale où la personne ressent un besoin compulsif et incontrôlable de travailler, même au détriment de sa santé, de sa vie sociale ou familiale.

Contrairement au simple fait d’être « très investi » ou « passionné », cette addiction comportementale qui s’accompagne de perte de contrôle et de souffrance repose :

sur un investissement excessif :

La personne travaille bien au-delà de ce qui est requis par son contrat ou par ses besoins financiers.

sur un aspect compulsif :

La personne ne peut pas s’empêcher de travailler. Le travail devient une obsession mentale permanente, même durant les moments de repos.

par un manque de plaisir :

Contrairement au passionné qui tire de la joie de son activité, le workaholiste travaille souvent sous la pression d’une anxiété interne ou d’un sentiment de culpabilité s’il s’arrête.

LES SIGNAUX D’UNE DECONNEXION IMPOSSIBLE

​Le premier obstacle à la prise de conscience est le déni.

L’addict au travail a toujours une « bonne » raison : une période chargée, un projet crucial, une promotion en vue.

Pourtant, certains signes ne trompent pas.

​Le signe le plus flagrant est l’incapacité à se déconnecter, physiquement et mentalement.

 C’est ce mail professionnel que l’on consulte à 23 heures, cette préoccupation qui parasite un dîner en famille, ou ce sentiment de culpabilité insupportable dès que l’on « ne fait rien ».

​Un autre signal d’alarme est le syndrome de l’urgence.

Pour le travailleur compulsif, tout devient vital et immédiat.

Cette pression constante finit par avoir un impact dévastateur sur le corps et l’esprit : insomnies chroniques, irritabilité, anxiété …

Le travail, qui était une source de fierté, devient un fardeau que l’on ne peut plus poser.

POURQUOI TOMBONS-NOUS DANS LE PIEGE ?

L’addiction au travail n’est pas une question de paresse ou de mauvaise organisation.

Elle puise ses racines dans des besoins psychologiques profonds et dans un contexte sociétal favorable.

Souvent, le travail devient une quête effrénée de reconnaissance. 

Elle peut être une armure que l’on revêt pour combler un vide affectif ou pour fuir des émotions difficiles, des problèmes personnels ou familiaux.

La performance professionnelle offre une gratification immédiate et mesurable, qui peut s’avérer extrêmement addictive.

​De plus, notre culture de l’hyper-disponibilité agit comme un catalyseur.

Les outils numériques nous permettent d’être joignables 24h/24, et la pression sociale, implicite ou explicite, valorise le présentéisme et le sacrifice de soi.

Dans ce contexte, la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle devient de plus en plus poreuse, favorisant le glissement vers la dépendance.

INVERSER LA TENDANCE : RETROUVER L’EQUILIBRE

Sortir de l’addiction au travail demande du courage et de la persévérance.

La première étape est de reconnaître que le travail est un outil, pas une fin en soi.

Il doit servir votre vie, et non l’inverse.

Pour retrouver un équilibre, vous pouvez :

Instaurer un « couvre-feu numérique » :

Définissez une heure au-delà de laquelle vous ne consultez plus vos e-mails ou messages professionnels.

– Réapprenez l’ennui et le repos :

Accordez-vous de vrais moments de pause, sans culpabiliser. Le repos est essentiel à la performance et à la créativité.

– Apprenez à dire « non » ou « pas maintenant » :

Fixez des limites claires et protégez votre temps personnel.

– Acceptez l’aide de votre entourage :

Vos proches sont souvent les premiers témoins de votre dérive et peuvent être un soutien précieux pour vous aider à décrocher.

ELLES PRENNENT PLUS QU’ELLES NE DONNENT

Il est crucial de se rappeler que toutes les addictions, qu’elles concernent un produit ou un comportement, finissent par appauvrir la vie de celui qui les subit car elles isolent, épuisent et éloignent de l’essentiel.

Sortir de l’addiction au travail, ce n’est pas travailler moins bien, c’est travailler mieux.

COMMENT STRUCTURER UNE DEMARCHE DE SENSIBILISATION ET D’ACCOMPAGNEMENT

Sensibiliser : Déconstruire le mythe de l’hyper-performance

La première étape consiste à faire comprendre que « travailler beaucoup » n’est pas synonyme de « bien travailler ».


Identifier les signaux d’alerte :

– Incapacité à se déconnecter (soir, week-end, vacances).-
– Sentiment de culpabilité ou d’anxiété lorsqu’on ne travaille pas.
– Détérioration des relations personnelles et de la santé (sommeil, dos, stress chronique).
-​ Utilisation du travail comme mécanisme de fuite face à des problèmes personnels.

Utiliser des outils d’auto-évaluation : 

Proposer des tests reconnus, comme l’Échelle d’Addiction au Travail de Bergen (BWAS), qui permet de situer sa pratique sur un spectre allant de l’engagement sain à la dépendance.

L’échelle d’Addiction au Travail de Bergen (en anglais, Bergen Work Addiction Scale ou BWAS) est un outil d’évaluation psychologique conçu pour mesurer le risque de dépendance au travail.

Développée en 2012 par des chercheurs de l’Université de Bergen (Norvège), elle s’appuie sur les sept critères fondamentaux communs aux addictions chimiques et comportementales.

Les 7 critères de l’échelle

Le questionnaire demande d’évaluer la fréquence de certains comportements sur une échelle de 1 (Jamais) à 5 (Toujours) au cours de l’année écoulée :

Saillance : Vous pensez à la manière dont vous pourriez libérer plus de temps pour travailler.

Modification de l’humeur : Vous travaillez afin de réduire des sentiments de culpabilité, d’anxiété, d’impuissance ou de dépression.

Tolérance : Vous passez beaucoup plus de temps à travailler que ce que vous aviez initialement prévu.

Sevrage : Vous devenez stressé si l’on vous empêche de travailler.

Conflit : Vous accordez moins d’importance à vos loisirs, vos activités sociales ou votre exercice physique à cause du travail.

Rechute : Vous avez essayé de réduire votre temps de travail sans y parvenir.

Conséquences négatives : Vous travaillez tellement que cela a une influence négative sur votre santé.

Interprétation des résultats

Pour être considéré comme « accro au travail » selon cette échelle, il faut généralement répondre « Souvent » (4) ou « Toujours » (5) à au moins quatre des sept critères.

Pourquoi est-elle importante ?

Avant cet outil, il était difficile de distinguer un « gros travailleur » (engagé et passionné) d’un « bourreau de travail » (dépendant et souffrant).

La BWAS permet de mettre en lumière la dimension compulsive et la perte de contrôle, plutôt que le simple nombre d’heures passées au bureau.

Bien que cet outil soit validé scientifiquement, il sert de premier repérage.

Un diagnostic formel doit être réalisé par un professionnel de santé, car le « workaholism » est souvent lié à d’autres troubles comme l’anxiété ou le burn-out.

Accompagner : Passer de la survie à l’équilibre

​L’accompagnement doit être progressif et bienveillant.

On ne « soigne » pas le travail, on soigne le rapport au travail.


Pour l’individu (Se soigner)

Fixer des limites fermes : 
définir des heures de « couvre-feu numérique » et sanctuariser des moments sans téléphone.

Réapprendre le loisir : 
redécouvrir des activités qui n’ont aucune finalité productive (lecture, sport, art).

Suivi thérapeutique :
 une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est souvent efficace pour comprendre le besoin de contrôle ou de reconnaissance qui nourrit l’addiction.

​Pour l’entreprise (Prévenir)

Les managers ont un rôle crucial pour ne pas entretenir la flamme du burn-out.

Exemplarité des dirigeants : 
Si un responsable envoie des mails à 23h, il crée une norme implicite de disponibilité permanente.
Droit à la déconnexion : 
Mettre en place des chartes réelles, voire des blocages techniques de serveurs de mails le week-end.
Valoriser l’efficacité, pas la présence : 
Récompenser les résultats obtenus dans les heures normales plutôt que le « présentéisme » tardif.

Les étapes de la reconstruction

ÉtapeAction CléObjectif
Prise de conscienceVerbaliser le problème auprès d’un tiers.Sortir du déni.
Désintoxication numériqueDésactiver les notifications pro sur le mobile.Réduire les stimuli anxieux.
Re-priorisationIdentifier ses valeurs hors travail (famille, santé).
Apprendre à dire « non » ou « pas maintenant ».
Redonner du sens à la vie privée.

CONCLUSION

À l’heure du télétravail et de l’hyperconnexion, repenser notre rapport au travail devient indispensable.

Le défi des années à venir sera de concilier ambition professionnelle et équilibre personnel.

Le workaholisme dépasse largement le simple goût du travail : il révèle un déséquilibre profond entre performance et bien-être.

Dans une société où la productivité est valorisée, il devient essentiel de redéfinir nos priorités pour préserver notre santé mentale et notre qualité de vie.

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